Le 4 juin 2020, Organisée dans l’urgence, sans ordre du jour préalable, la réunion des partenaires sociaux s’est déroulée à l’Elysée

Cher(e)s collègues,

Organisée dans l’urgence, sans ordre du jour préalable, la réunion des partenaires sociaux qui s’est déroulée à l’Elysée jeudi 4 juin après-midi n’a tenu que les promesses que chacun venait y chercher. Autant dire que pour la CFE-CGC, la « réinvention » prévue être le début du troisième acte du quinquennat, la pierre d’angle du monde d’après, risque de se faire attendre.

Le tour de table des 8 organisations représentatives était complété de l’UNSA et la FNSEA, un format désormais classique, tout en restant insolite. Le Président de la République, entouré du Premier Ministre et de Bruno Lemaire puis de Muriel Pénicaud et Gerald Darmanin, avait été installé de façon à respecter les distances, ce qui m’a permis de relever que le PR considérait (comme nous) que le travail à domicile et les visioconférences avaient plein d’intérêt mais ne remplaçait pas le relief et la profondeur des relations et des échanges quand il se passent en têtes à têtes.

Dans son introduction, le PR rappelle le contexte, déjà maintes fois mentionné d’une crise plus grave que celle de 1929 et de la nécessité de « faire collectivement le choix de l’emploi ». Ainsi se révèle ce que sera l’objet de la réunion (je cite) : « innover et élargir » ; « après la nationalisation des salaires, revenir à une grammaire plus classique », « sauver l’emploi, éviter les licenciements, par le dialogue dans les entreprises » ; « trop souvent, on a durement payé les suppressions massives d’emploi ». L’exposé qui s’en suit détaille trois pistes sur lesquelles les organisations présentes sont invitées à contribuer, soit collectivement, soit individuellement, avant la mi-juin. Il s’agit du dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD), puis d’un « plan jeune » et enfin de la question de l’assurance chômage.

Sur le premier point, au-delà d’un appel à la négociation, le PR ouvre des questions corolaires comme la relation entre donneurs d’ordre et sous-traitants, le travail détaché et les TPE. Le plan jeune, sera pour sa part l’occasion d’annoncer les mesures mises en place pour l’apprentissage, ce que Muriel Pénicaud fera en fin de réunion. Le sujet de l’assurance chômage devient une évidence « il faut revoir cette réforme à l’aune de la nouvelle donne économique ». En conclusion, cette réunion apparait donc comme le point de départ d’une « nouvelle donne » qu’il convient d’engager au plus vite. Le PR nous invite à s’engager à ses côtés dans cette nouvelle bataille. Invité à s’exprimer, le PM évoque pour sa part un « pacte de responsabilité » et la nécessité d’avoir des instruments pour formaliser cet engagement.

Pour la CFE-CGC, j’ai pu rappeler que nous attendions que l’exécutif soit, au moment d’affronter la crise économique, à la hauteur des décisions prises devant le risque sanitaire (confinement, chômage partiel). Mais que les premiers indicateurs étaient un peu inquiétants. Ici, c’est un plan qui se déploie sans concertation préalable (Renault), là, c’est le Ségur de la Santé, engagé dans l’urgence et choisissant ses interlocuteurs en dehors des pratiques institutionnelles. Ailleurs, de nombreuses entreprises de taille internationale qui sèchent les recrutements et engagent les restructurations dans le but de maintenir un seuil élevé de rentabilité. Le « vieux monde » a repris sa position d’équilibre aussi vite qu’un culbuto se redresse. Le point central de mon intervention a été de rappeler notre demande que les aides aux entreprises, s’agissant d’argent public, soient conditionnées et que les acteurs du dialogue social et du paritarisme soient responsabilisés par la confiance et les moyens. Une autre façon de demander un meilleur équilibre du rapport de force entre employeurs et salariés au moment de négocier et de s’engager. Le Président nous disait en avril qu’il fallait se « réinventer », en écho, la CFE-CGC croit que construire une économie plus durable exige de « changer de logiciel » en s’appuyant sur nos propres forces, pour orienter l’économie vers un modèle soucieux des parties prenantes. Et pour cela, élargir notre regard au-delà des seuls critères financiers en créant, par exemple, au sein de la comptabilité publique, un compartiment qui placerait « en dehors des lois du marché » les dépenses afférentes à la santé et à la transition écologique.


A la fin de la réunion Muriel Penicaud fera la seule vraie annonce de la journée, à savoir les aides directes à l’embauche des apprentis, 5000 euros pour les moins de 18 ans et 8000 euros au-delà. Répondant en cela à la demande insistante du MEDEF de la création d’une prime unique et non conditionnée de 10000 euros par alternant. Dispositif qui va générer un effet d’aubaine colossal de l’ordre de 2 milliards d’euros.
Bien évidemment, nous répondons présent aux sollicitations de l’exécutif sur les trois points évoqués. Cette semaine débute par une réunion multilatérale au ministère du travail, relative à la définition du nouveau régime d’activité partielle de longue durée. Devrait s’en suivre une concertation sur l’emploi des jeunes.


Bonne semaine à vous tous, portez-vous bien.
Dans l’attente impatiente de vous revoir « en vrai » !


Amicalement,

François Hommeril